L’imaginaire urbain et les jeunes

Les jeunes et la ville comme espace d’expériences identitaires et créatrices

Conférences interdisciplinaires organisées en partenariat avec le milieu, l’UQAC présente le colloque interuniversitaire et international intitulé: L’imaginaire urbain et les jeunes. Un rendez-vous scientifique qui vise à rendre compte des multiples rêves et mythes qui constellent l’imaginaire actuel des jeunes. Pendant deux jours, les 19 et 20 mars prochains, 24 conférenciers témoigneront de leurs études et de leurs recherches pour dire comment s’expriment les désirs de vivre concrètement ou clandestinement le monde contemporain actuel pour les jeunes situés au coeur des turbulences et de l’effervescence qui marquent leur vi(ll)e.

La ville moderne a été pensée en fonction du monde industriel et l’aménagement urbain considéré selon une rationalité dictée par le rendement économique fondé sur la transformation des ressources naturelles. Dans une économie nouvelle dite  » immatérielle « , la spécialisation de l’ensemble de la ville en zones fonctionnelles et ce, à l’image de l’organisation du travail dans l’industrie, s’est profondément modifiée quasi métamorphosée. L’espace urbain qui a été aménagé selon un mode de représentation de type fonctionaliste et systémique est remise en question. La sociologie et la géographie de même que les urbanistes, l’anthropologie et la psychologie rendent compte d’une transformation des modes de vie en ville, et recusent l’approche trop exclusivement centrée sur l’utilitarisme de l’aménagement de l’espace habité qui affecte négativement le vécu urbain.

À partir de la pratique urbaine des jeunes, il s’agit de problématiser le rapport entre l’espace et les modes de vie actuels en référence avec une économie en voie de transformation. Les modèles anciens de la spécialisation et de la fixation des équipements collectifs sont en porte à faux avec la diversité et la complexité des modes de vie dont les jeunes sont notamment porteurs sinon demandeurs.

Les jeunes, dans les enquêtes sociographiques, disent vouloir quitter leur milieu urbain régional pour vivre des expériences, pratiquer concrètement une autonomie et une indépendance, assumer leur goût de l’aventure, savourer le fruit de la liberté. Bref, l’emploi n’arrive qu’en quatrième lieu quant à leur motivation de quitter leur milieu. Le colloque vise à rendre compte de cette question: Que veut dire l’espace urbain comme expériences identitaires et créatrices ?

Il est acquis que l’urbain n’est plus exclusivement considéré comme un ensemble de fonctions et de services jugé sur des critères stricts d’utilité. L’espace urbain est susceptible de se prêter à une variété d’expérimentations effectuées notamment par les jeunes et ce, fondées sur la mise en relations sociales et humaines, sur une anthropologie de l’apprentissage et l’opérationnalisation de conjonctures facilitant la créativité et favorisant l’émergence d’une esthétique sociale du vivre-ensemble en ville comme expression d’une dynamique culturelle ouvert sur le monde. Le colloque propose de réfléchir collectivement sur la place fondamentale de la cité dans le processus de formation identitaire des jeunes, épreuves et rites initiatiques déterminants.

Libérer les paroles et les pratiques des jeunes, pourrait être le slogan du colloque. Céline Saint-Pierre, directrice sortante du Conseil Supérieur de l’Éducation, ouvre le colloque en traitant de l’école dans et hors la cité. Plusieurs jeunes vivent l’école comme s’ils étaient en prison, ou d’autres un havre les protégeant des dures réalités familiales. Pour plusieurs l’après-école est le seul moment d’exercer leur imaginaire. Quelle est la fonction citoyenne de l’école et la place de l’école dans la cité. L’école est-elle l’enclos sacré à usage exclusif des maîtres ? Madeleine Gauthier, responsable de l’Observatoire Jeunes et Sociétés, pose la question de savoir si la ville fait encore rêver. La ville attirait le surplus de main-d’oeuvre des campagnes, et l’exode était un accomplissement urbain. Qu’en est-il aujourd’hui du rêve urbain à l’ère des enjeux écologiques et du désenchantement de la modernité. Pierre-W. Boudreault, co-responsable du Comité de recherche: Identité, espace et politique (AISLF) et membre du (CEAQ) aborde le rapport entre le défi actuellement nécessaire et les risques pour les jeunes de penser l’imaginaire au moment où ils sont historiquement confrontés à la transformation de leur cité postmoderne dans un monde traversé par la globalisation des marchés et la mondialisation des cultures.

Trois ateliers faisant état de la recherche empirique aborderont: 1) Les espaces urbains et les jeunes. Que sont les lieux urbains des jeunes à partir desquels les expériences identitaires renvoient l’image de la  » citoyenne active  » et à la création de la vie sociale en ville. 2) Lieux, villes et rites de passage. Comment les expériences urbaines sont autant de rites initiatiques de passage pour tous les jeunes et constituent le moment crucial de rencontres avec tous les démons et les tentations qui hantent le monde contemporain. 3) Arts urbains et les jeunes. Comment les jeunes se réapproprient l’urbain pour manifester la vérité de leurs rêves, de leurs mythes et des croyances qui attestent la fulgurante créativité de l’imaginaire en acte. La peinture et la musique seront notamment présentées comme symboles actifs du pouvoir créateur des jeunes. Comment l’art en action tisse un lien de solidarité diffuse entre les jeunes et donne un sens à la vi(ll)e.

Le colloque a été réalisé grâce à l’appui financier du ministère des Finances, de l’Économie et de la Recherche du Québec (Programme de soutien à la tenue de congrès scientifiques), du Consulat Général de France à Québec (Service de Coopération et d’Action Culturelle), du Ministère des Relations Internationales du Québec, de l’Université du Québec (CSR), de l’Université du Québec à Chicoutimi (DÉCSR), Ville Saguenay, le Centre d’Études interuniversitaires sur les Lettres, les Arts et les Traditions (CÉLAT), Université Laval-Université du Québec à Chicoutimi, le Centre Interuniversitaire sur la Formation et la Profession Enseignante (CRIFPE) Université Laval

RESPONSABLES:

Pierre-W. Boudreault, Université du Québec à Chicoutimi ÉDRESS (Équipe De Recherche En Sciences Sociales), co-responsable à AISLF (Association internationale des sociologues de langue française) du Comité de recherche: Identité, espace et politique, membre-associé du CEAQ (Centre d’Etudes sur l’Actuel et le Quotidien), Sorbonne

Wanda Dressler, CNRS-LADYSS, Université de Nanterre, et co-responsable du Comité de recherche: Identité, espace et politique (AISLF)

Madeleine Gauthier, responsable de l’Observatoire Jeunes et Société de l’INRS-Urbanisation, Culture et Société

Denis Jeffrey, Université Laval, directeur du Centre Interuniversitaire sur la Formation et la Profession Enseignante, CRIFPE

Martin Simard, Université du Québec à Chicoutimi, CELAT.